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Créativité VS Ingéniosité

Créativité VS Ingéniosité

On glorifie aujourd’hui la créativité comme s’il s’agissait du seul carburant possible pour faire avancer marchés, commerces, bref pour faire tenir le capitalisme. La question finalement étant : comment faire pour que les gens renouvellent leurs produits malgré qu’ils les aient déjà ? D’ailleurs, n’appelle-t-on pas les publicistes « créatifs » ?

Le capitalisme tient à coup de « créativité », au sens esthétique. On a tellement fait le tour de la créativité qu’on en est à mettre des bites devant le Louvres et des chattes à Versailles.

Un enfant de 8 ans est créatif avec de la gouache. Léonard de Vinci, lui, était ingénieux. La créativité tient de l’infantilisation de la société, glorifiant une « originalité » parce qu’elle bouscule des codes, codes établis en général sous la forme du contrat social donc pour le bien de tous. La créativité va donc à l’encontre du bien commun, à travers la valorisation de l’image de la transgression. Aujourd’hui, transgresser c’est faire de l’Art. Art soutenu à grand coup de niches fiscales, mais c’est un autre débat.

Ainsi valoriser la création, chez l’enfant ou l’employé, revient à bloquer son aptitude à l’innovation, puisqu’on l’incite finalement à modifier son environnement bien plus qu’à l’imaginer sur de nouvelles bases. Qualifier ainsi à tord de « créativité » ces modifications en rien innovantes permet aussi, par perversion de langage, de valoriser – le Créateur n’est-il pas un synonyme de Dieu ? – un comportement en rien dangereux pour le capitalisme. Gentil mouton créatif, qui broute son herbe en rond plutôt qu’en ligne !

Par ailleurs, au sens esthétique où il est utilisé, créer n’a rien d’innovant, encore moins d’amélioratif pour la communauté. Le fait de créer n’assure en rien la pertinence de la création, ni en bien ni en mal.

On utilise ce terme de création pour évoquer l’innovation en général. Innover, c’est imaginer quelque chose de neuf, de nouveau. C’est sortir également de la convention, du connu. C’est autrement plus complexe que de dessiner un soleil vert ou d’imaginer un plug anal hors-côtes. L’Art se devrait d’être innovant, ingénieux. Et beau, mais là encore, c’est un autre débat.

Etre ingénieux en revanche a quelque chose d’amélioratif, c’est la recherche de solutions à un problème, d’idées ou de concepts, pas nécessairement matériels. L’ingénieux a l’humilité d’admettre qu’il ne crée rien, il découvre, il observe, il comprend, il cherche. C’est l’ingéniosité qui devrait être valorisée, à travers ces comportements.

Revenons à l’origine du sens des mots : Créer, c’est rendre Réel, sortir de Terre, c’est donc hors de portée de l’humain.

Ingénier contient la notion de génie, qui renvoie à la génération, la conception, c’est le véritable mot pour ce qu’on appelle aujourd’hui « créer ».

L’homme ne peut rien créer en terme d’objet, en vérité, il ne peut qu’utiliser l’existant, transformant, ordonnant éventuellement les éléments de son environnement. « Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme ». La vraie création humaine ne peut qu’être un acte ou une idée, immatériel, impalpable, instockable, impossessible. Un acte du « génie », de l’esprit, la partie encore incomprise de notre cerveau. Tesla a imaginé des procédés de contrôle et de calibration de l’énergie électrique – préexistante, donc ininventable – on parle d’invention, d’innovation, pas de création.

Or l’ingénieur est aujourd’hui rétrogradé au rend de coordinateur, de metteur en forme des idées des autres, quand ce devrait être lui le génie, l’innovateur, l’esprit des choses. Il est devenu un inoffensif rouage de la mise en oeuvre des projets, sans envergure, sans latitude, coincé dans ses chiffres et ses impératifs budgetaires.

Ingénieux retournement du sens des mots, pour permettre à l’équilibre économique de rester lui bien dans un seul et même sens…

création